Ton travail traduit un engagement éthique. Peux-tu nous expliquer ta démarche et comment elle a été initiée ?
 
J’ai suivi un cursus en design d’objet à l’École Boulle, durant lequel j’ai toujours travaillé à partir de la matière pour créer des objets. Je l’ai compris à temps pour mon projet de diplôme où j’ai cherché à créer mes propres matériaux, à partir des coproduits de la filière halieutique, en Bretagne.
Je suis issue d’une famille d’inventeurs, artistes et artisans et j’ai développé rapidement une curiosité pour le Matériau avec un grand M, sa compréhension tant technique qu’esthétique. Comprendre d’où vient la matière, c’est en comprendre sa valeur.
Lorsque je me suis intéressée aux « coproduits » de cette filière, j’y voyais là un trésor inexploité et un grand terrain de jeu !
Le premier verre marin Glaz est né, je l’ai d’abord fabriqué à partir de micro-algues et coquilles d’huîtres, mais cela change chaque année selon les espèces, la saison à laquelle nous produisons, les stocks disponibles.
Ma démarche est similaire à celle d’un cuisinier. Créer, sensibiliser, émerveiller à partir de ce que veut bien nous fournir notre territoire.
Je considère le verre comme un élément de médiation, du gobelet à poser sur la table à la sculpture en passant par le vitrail ou le tissage de verre… Tous les projets deviennent des outils pédagogiques pour raconter un lieu, une tradition, un savoir-faire, une thématique de recherche, tout en sensibilisant à la question de la préservation des ressources naturelles et la valorisation des « coproduits ». 
La « géoverrerie » réunit tout cela, c’est l’idée que le verre est capable de refléter les caractères naturels et humains de la région dont les matières premières qui la composent sont issues.  
 
 
Tu es engagée dans une voie qui allie savoir-faire, recherche et innovation. Comment fais-tu dialoguer art et sciences ?
 
Le dialogue Art-Science est fondamental dans ma démarche. Je développe mes propres recettes de verres, en constante évolution, en fonction des régions.
La chimie du verre est donc le terreau de toute ma démarche. En résidence au sein du laboratoire Verres et Céramiques de l’Institut des Sciences Chimiques de Rennes, j’avance au contact d’une équipe de chercheurs formidables avec qui l’échange est quotidien, et nous sommes convaincus de l’importance de la porosité de cette frontière.
En dehors de cette recherche de fond, je suis amenée à travailler sur d’autres sujets comme les diatomées.
En lien étroit avec les universités de Nantes et du Mans, je développe un projet au long-cours d’une collection de sculptures représentant des squelettes de microalgues essentielles pour notre territoire. Ces sculptures sont destinées à sensibiliser au maximum le public à ce sujet. Archéologie et géosciences sont aussi des domaines que j’explore en filigrane. 
 
 
Et quelle est la place de l’artisanat dans le processus de création ?
 
Le travail de la main à toutes les étapes du projet, voilà le dernier fil d’Ariane de l’atelier ! Le producteur d’ormeaux, le chef, le travail de laboratoire et bien sûr le savoir-faire verrier.
À l’atelier Silicybine, le dialogue se crée autour des recettes de verre que j’apporte, nous co-construisons les choses, nous dessinons en faisant.
L’objet porte en lui toute cette histoire, à chaud le verre nous prouve d’ailleurs qu’il a une mémoire.
Cela passe aussi par l’esthétique des géoverres que je développe ; le travail de la main et du souffle sublime les couleurs naturellement dans la masse, les cordes, les microbulles et les fours, eux aussi construits artisanalement, nous laissent également leur empreinte.
C’est pourquoi je reste toujours aussi surprise lorsqu’on me questionne sur le futur et la possibilité d’ « industrialiser » mes procédés. C’est ne pas comprendre que ma démarche consiste avant tout à rencontrer et raconter l’humain. 
 
 
Quel sens revêt pour toi l’autoproduction ?
 
La question de l’autoproduction s’est imposée d’elle même. D’abord parce qu’il a fallu créer toute une filière et un protocole de production viable… je ne pouvais que le faire par moi-même pour convaincre.
L’autoproduction amène aussi la question de la diffusion, de la communication, et donc à nouveau de la médiation. Cela m’intéresse beaucoup.
Pour la marque Ostraco que j’ai créé en 2017, il fallait se poser toutes ces questions, je m’y suis attelée en plusieurs fois pour parvenir à construire un modèle juste.
Aujourd’hui, nous avons mis en place un certain nombre de choses qui nous permettent de maîtriser au mieux notre impact. Consigne de l’objet, impressions en risographie, certificats d’authenticité, récupération des déchets papiers de l’Institut des Sciences Chimiques de Rennes, production en interne de nos packagings… entre autres!
 
2014 dans le cadre de son projet de diplôme, début du travail de recherche sur la valorisation de coproduits marins bretons : coquilles, carapaces, arêtes, algues
2015 développement du verre marin Glaz
2017 collection « Pots  », labellisée Observeur du design
2018 Grand prix de la création de la ville de Paris
depuis 2018 en résidence au sein de l’Institut des Sciences Chimiques de Rennes, équipe Verres & Céramique
2018 collection Rœllinger, duo de fiole et assiette creuse en verre marin Glaz, premier projet sur mesure développé pour le restaurant Le Coquillage (Maisons de Bricourt)
2018 et 2019 lauréate de la fondation Sophie Rochas
2019 développement du verre de Rouergue
depuis 2019 développement du verre Lorrain
2019 Diatomés, sculptures développées en duo avec Stéphane Rivoal
2020 développement du verre d'Opale
2020 lauréate des fondation Banque Populaire et Remy Cointreau
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